Le vrai du faux : le thème BTS Culture générale et expression 2027

Le nouveau thème de culture générale et expression tombe à pic. Dans un monde saturé de deepfakes, de fake news et d’IA génératives, apprendre à démêler le vrai du faux n’est plus une option : c’est une urgence.

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Il y a des thèmes de Culture générale en BTS qui semblent surgir par hasard du calendrier institutionnel. Celui-là, non. Le vrai du faux s’impose en 2027 avec une évidence presque déconcertante : il suffit d’ouvrir un réseau social, de lancer une requête dans un outil d’IA ou de regarder une vidéo politique pour se retrouver plongé dans les questions que ce thème soulève. C’est ce qui en fait, à mes yeux, l’un des thèmes les plus riches et les plus utiles depuis que j’ai commencé à enseigner la Culture générale et expression en BTS en 2007.

De plus en tant que rédactrice web (une de mes autres casquettes professionnelles), je travaille chaque jour sur des questions de crédibilité, de vérification des sources, de discours construit pour convaincre. Le SEO lui-même repose sur une forme de contrat de confiance entre un contenu et son lecteur : un contrat que la désinformation et le contenu généré à la chaîne viennent fragiliser. Ce thème de BTS parle directement aux étudiant·s qui se destinent aux métiers du marketing ou du numérique. Mais, cela va bien au-delà de ces métiers : je suis convaincue que mes apprenti·es du secteur industriel y trouveront leur compte. Dans cet article, je vais documenter au fil des semaines ma préparation de cours. Vous y trouverez mes ressources, mes idées d’essai…

Un thème ancré dans le monde réel

Le thème 2027 de Culture générale et expression en BTS part d’un constat contemporain : la désinformation, la post-vérité, les intelligences artificielles génératives incapables de garantir la véracité de leurs discours pour remonter jusqu’à Aristote et sa théorie de la mimésis. Ce double ancrage, dans l’actualité et dans la pensée classique, est une vraie chance pour les enseignant·es.

D’un côté, les étudiant·es arrivent en cours avec une expérience directe du faux numérique : ils ont partagé une infox sans le savoir, croisé un deepfake, posé une question à ChatGPT qui a répondu avec aplomb et sans filet. Ce vécu est une porte d’entrée formidable. De l’autre, le thème les invite à ne pas se contenter du constat alarmiste. Il propose une réflexion plus littéraire, sur la valeur du faux, sur le trompe-l’œil, sur la fiction, sur la suspension volontaire de l’incrédulité théorisée par Coleridge.

« Il y a un vrai du faux, un vrai qui peut-être n’est accessible que par le faux. »

Cette formule, au cœur du thème 2027 pour le BTS, est en elle-même un excellent objet de réflexion pour les étudiant·es. Elle déplace le débat : il ne s’agit pas seulement de traquer le mensonge, mais de comprendre ce que la fiction, l’illusion, l’art peuvent révéler du réel que le discours factuel ne saurait atteindre.

Trois axes pour structurer l’année

À la lecture du thème 2027 de Culture générale et expression en BTS, trois grandes directions se dessinent naturellement pour organiser la progression pédagogique.

Le faux qui trompe

Propagande, désinformation, manipulation de l’image, fake news, deepfakes, c’est l’axe le plus immédiatement accrocheur pour les étudiant·es, et le plus ancré dans l’actualité. Il permet de travailler l’analyse critique des discours médiatiques et numériques, ainsi que la capacité à repérer les mécanismes de manipulation. C’est aussi l’axe qui résonne le plus fort avec les pratiques rédactionnelles professionnelles : en rédaction web, distinguer une source fiable d’un contenu fabriqué pour plaire aux algorithmes est une compétence de survie. Des œuvres comme 1984 d’Orwell, le film Wag the Dog ou le documentaire Opération Lune de William Karel nourriront cet axe.

L’actualité récente offre aussi des cas glaçants : en Allemagne, l’affaire Collien Fernandes, une actrice victime pendant dix ans de deepfakes pornographiques créés par son propre mari, a été surnommée par sa propre avocate « l’affaire Pelicot du numérique ». Un point d’entrée pour aborder avec les étudiants les enjeux éthiques et juridiques de la manipulation d’image.

Le faux qui crée

Fiction, mimésis, illusion artistique, trompe-l’œil : ici, le faux n’est plus l’ennemi du vrai. Il en est le révélateur. Aragon parlait de « mentir-vrai » pour désigner l’art du roman. Magritte peint une pipe et écrit « ceci n’est pas une pipe ». Le théâtre invente pour dévoiler. Cet axe est particulièrement riche pour aborder les liens entre littérature, cinéma et vérité.

Le faux qui imite

Contrefaçon, plagiat, simulacre, authenticité, cet axe explore un territoire plus inattendu, qui touche à l’art, au commerce, à la valeur, à l’aura. Et les exemples ne manquent pas pour nourrir la réflexion : Las Vegas est, à cet égard, un cas d’école littéral. L’hôtel-casino Paris Las Vegas reproduit la tour Eiffel à demi-échelle, flanquée d’un arc de triomphe miniature et d’une fontaine des Mers, un Paris de papier mâché au milieu du désert du Nevada.

Trois exemples à glisser dans vos séquences

Pour le thème 2027 de Culture générale et expression en BTS, il n’a pas besoin d’aller chercher vos exemples dans des œuvres canoniques. Le réel en fournit d’inépuisables et certains sont directement pédagogiques dans leur mécanique même. En voici trois que j’affectionne particulièrement pour les cours, car ils fonctionnent à la fois comme illustrations et comme exercices.

Ou comment pourrir le web

Le premier est un classique du genre : en 2012, un professeur de lettres décide de tester ses élèves en « pourrissant le web ». Il crée une notice Wikipedia entièrement fausse sur un poète baroque peu connu, rédige un commentaire de texte volontairement absurde qu’il fait valider par des sites de corrigés payants et sème des liens dans des forums. Résultat : sur 65 élèves de Première, 51 recopient à des degrés divers des informations entièrement fabriquées sans vérifier, sans recouper, sans même lire le poème. L’expérience, relatée sur le blog La Vie Moderne, est une leçon sur la crédulité numérique : nous faisons confiance à ce qui ressemble à une source, pas à ce qui est une source. Un cas parfait pour travailler avec les étudiants la notion de vérification et d’esprit critique et pour relier le thème aux enjeux de l’autorité des contenus web.

Ou comment voyager sans se déplacer

Le deuxième exemple est architectural : Las Vegas, ville-simulacre par excellence, où l’on peut dîner « à Paris » sous une tour Eiffel à demi-échelle, flâner « à Venise » le long de canaux intérieurs ou entrer dans « New York » par un pont de Brooklyn miniature. Eco avait tout prévu : la copie y est plus parfaite que l’original, débarrassée de ses imperfections, de sa pluie, de ses grèves. C’est le triomphe du faux assumé, un faux qui ne cherche pas à tromper, mais qui propose un meilleur vrai. Peut-on parler de mensonge quand tout le monde sait que c’est faux et que ce faux est choisi, payé, désiré ?

Ou comment s’approprier le passé

Le troisième est moins connu, mais absolument fascinant : en 1926, le château de Salviac, dans le Lot, est vendu, démonté pierre par pierre : chaque pierre soigneusement étiquetée et expédié aux États-Unis pour y être reconstruit à l’identique. Le paradoxe est saisissant : toutes les pierres sont authentiques, l’assemblage est identique, et pourtant quelque chose manque. Ce cas dialogue aussi avec les pratiques de restauration du patrimoine et les enjeux contemporains du tourisme culturel. C’est le moment de présenter le travail de Viollet-le-Duc qui ne peut s’empêcher d’ajouter son grain de sel sur l’ensemble des édifices qu’il restaure à la fin du XIXe siècle : Notre-Dame de Paris, remparts de Carcassonne et château de Pierrefonds.

Quelques idées de pistes pédagogiques

  • Partir du vécu numérique : organiser un atelier de fact-checking en début d’année : faire circuler de vraies et fausses informations et inviter les étudiants à les trier, puis analyser leurs erreurs.
  • Travailler l’écriture de l’illusion : écrire un texte qui semble vrai et ne l’est pas, ou inversement. Un excellent entraînement pour la synthèse et la contraction, mais aussi pour comprendre les mécanismes rhétoriques que tout rédacteur professionnel doit maîtriser et savoir reconnaître chez les autres. Une belle occasion de développer l’esprit critique ! Des émissions, comme La Riposte sur Radio Nova, peuvent être un bon support de travail
  • Analyser des contenus web réels : comparer un article bien sourcé et un contenu de ferme à clics sur le même sujet : même format, même apparence, effet radicalement différent sur le lecteur. Un exercice ancré dans les techniques rédactionnelles qui fait immédiatement sens pour les étudiant·es en marketing
  • Débattre de l’IA : utiliser une production d’IA générative comme objet d’étude : où est le vrai, où est le faux, que révèle-t-elle de nos attentes ?
  • Relier au métier : selon la filière BTS, ancrer les questions dans les pratiques professionnelles : communication mensongère, publicité comparative, storytelling de marque…

Une bibliographie à la hauteur du thème du BTS 2027

Le thème de Culture générale et expression 2027 a une autre qualité : sa bibliographie officielle est vraiment bien construite. Elle ne se contente pas de canoniques littéraires : elle intègre des films accessibles, des essais contemporains, des ressources en ligne gratuites, des bandes dessinées. Le roman 404 de Sabri Louatah (auteur de la saga Les Sauvages) peut compléter aussi les références du programme officiel 2027 de Culture générale et expression. De quoi parler à des étudiant·es de BTS sans les perdre, tout en maintenant une exigence culturelle réelle.

Quelques sources pour aller plus loin

Au gré de ma préparation de cours, j’ajouterai ci-dessous des sources qui pourraient vous être utiles :

Le vrai du faux en 10 questions d’essai

L’épreuve de Culture générale et expression en BTS est composée de deux parties : les questions sur le corpus de texte et l’essai. En cours, je travaille régulièrement ce dernier exercice : je constate que les étudiant·es rencontrent des difficultés à formuler clairement une problématique, à construire un plan et, surtout, pour mobiliser les documents étudiés ensemble.

Sur le faux qui trompe

  1. La désinformation est-elle un phénomène nouveau ?
  2. Peut-on faire confiance à une image ?
  3. Le mensonge est-il toujours une faute morale ?

Sur le faux qui crée

  1. La fiction est-elle une forme de mensonge ?
  2. L’art a-t-il le droit de mentir ?
  3. Peut-on dire que la littérature révèle une vérité que le réel dissimule ?

Sur le faux qui imite

  1. Une copie parfaite vaut-elle l’original ?
  2. Sommes-nous devenus incapables de distinguer le vrai du faux ?

Sur le désir du faux

  1. Avons-nous besoin d’illusions pour vivre ?
  2. Le spectateur de cinéma, le lecteur de roman : sont-ils des dupes consentants ?

Ce que ce thème apprend, au fond

Ce thème ne se contente pas de former des détecteurs de mensonges. Il forme des lecteurs, des spectateurs, des citoyens capables de distinguer “l’exigence de vérité et la nécessité de l’imaginaire”. C’est exactement ce que la culture générale et expression en BTS devrait faire. À une époque où l’on entend régulièrement que les humanités ne servent à rien, ce thème répond avec élégance : apprendre à lire Don Quichotte, à décrypter un trompe-l’œil baroque ou à analyser un film de propagande, c’est apprendre à ne pas être dupe. C’est une compétence à la fois intellectuelle, citoyenne et professionnelle.

Avec un thème aussi riche et aussi actuel pour l’examen 2027 de BTS en Culture Générale et Expression, la motivation des étudiant·es devrait être au rendez-vous. Il suffit de leur tendre le fil et de ne pas hésiter à sortir du manuel pour aller chercher des exemples dans l’actualité numérique, le storytelling de marque ou la communication d’influence. C’est l’occasion de faire des ponts entre culture générale et pratiques professionnelle.

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