Si vous êtes en train de me lire, ce n’est pas un hasard : c’est que vous éprouvez l’envie d’écrire l’histoire de votre famille. Selon une étude du site Geneanet, 7 Français·es sur 10 déclarent être intéressé·es par leurs origines. Mais seul·es 10 millions d’entre nous se sont engagé·es dans des recherches généalogiques. Eh oui, même si nous avons envie de conserver la mémoire de nos ancêtres et connaître la vie des générations qui nous ont précédé·es, il y a plein de raisons qui nous freinent : la peur de ne pas savoir comment s’y prendre, de ne pas savoir écrire, de ne pas se sentir légitime, de ne pas avoir grand-chose à raconter, de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir le temps… Oui, raconter l’histoire de sa famille peut être difficile mais il y a plein d’autres bonnes raisons de vous lancer : vous faire plaisir, renforcer les liens au sein de votre famille, faire la paix avec le passé… Prêt·e à vous lancer ? Je partage avec vous 7 conseils pour retracer l’histoire de vos ancêtres.
Organiser votre temps pour aller au bout de votre projet d’écriture
On ne va pas se mentir : la gestion du temps est la principale raison laquelle on renonce à écrire l’histoire de sa famille. Comme tout projet de grande ampleur, il ne faut pas tout mener de front. Commencez par lister toutes les étapes qui jalonneront votre projet :
- Préciser votre sujet
- Chercher les informations manquantes
- Construire le plan de votre livre
- Écrire le premier jet
- Améliorer votre texte
- Oublier le texte
- Faire les finitions
Comme je suis fan de la théorie des petits pas, je vous recommande aussi d’ajouter des étapes intermédiaires à chaque grande étape. Vous aurez encore plus de satisfaction quand vous aurez réalisé cette tâche ! Ensuite, il faut prendre en compte votre emploi du temps : travailler un peu chaque jour, plonger dans le travail pendant plusieurs jours… Toutefois, rien ne vaut la pratique quotidien pour rester imprégné·e de votre sujet. De plus, écrire l’histoire de votre famille permet régulièrement d’avoir une continuité stylistique. Vous pouvez très bien consacrer une demi-heure par jour. Pas besoin de plus pour voir votre projet avancer. Et, comme pour votre séance de sport, réservez un créneau fixe dans votre semaine : vous n’aurez pas d’excuse pour déroger à votre projet !
Organiser votre espace de travail
Il ne s’agit pas de dédier une pièce de votre logement à l’écriture à votre biographie familiale. Cependant, créez-vous un espace cosy où vous aurez plaisir à vous installer lors de vos sessions de travail. Quand on écrit le livre de ses ancêtres, on a besoin d’un espace pour étaler les livres photo, les vieux documents, les notes… Installez-vous sur une table que vous n’aurez pas besoin de ranger avant chaque repas ! On n’y pense pas assez mais une bonne assise fera toute la différence… Parole de biographe !
Et, si vous n’avez pas la place chez vous pour travailler, rien ne vous empêche d’aller dans une bibliothèque pour bénéficier de l’atmosphère calme et studieuse. Vous aurez aussi à disposition des livres pour approfondir votre recherche historique.
Rassembler les documents
Quand je me suis attelée à l’écriture d’Indochine(s), mon roman librement inspiré de la vie de mon grand-père en Indochine durant la guerre, j’ai dû me documenter. Malgré mes études d’histoire, je ne connaissais que peu de choses sur la guerre d’Indochine. J’ai réalisé de nombreuses recherches pour mieux comprendre cette période : témoignages, magazines, catalogue d’exposition du Musée de l’Armée, romans… Je voulais tout savoir sur la période coloniale et la décolonisation. J’ai pris de nombreuses notes dans mes carnets. J’ai aussi relu les lettres qu’il avait envoyées à sa famille. J’ai étudié son dossier militaire. J’ai regardé toutes ses photos, toutes ses médailles… Bref, toute cette documentation m’a permis de faire le point sur mes connaissances et de réfléchir à ce que je voulais transmettre.
Si vous avez des informations provenant de sites Internet, je vous recommande de créer un dossier dans votre navigateur pour les retrouver facilement. Idem, regroupez tous les documents numérisés dans un dossier dédié de votre ordinateur. Et, si ce sont des documents papier, rangez-les dans une pochette spécifique. L’objectif est de gagner du temps quand vous aurez besoin de les consulter pour écrire l’histoire de votre famille.
Vous pouvez aussi organiser vos documents par période, par personnage ou par type de documents (livrets de famille, lettre, actes officiels…).
Bien choisir ses outils
Pour écrire l’histoire de votre famille, il y a 2 outils indispensables :
- un carnet de notes pour y consigner rapidement des informations, des pensées, des idées, des souvenirs. Au niveau du format, il ne doit être ni trop grand, ni trop petit : privilégiez le format A5. Selon moi, le carnet à spirales est ce qu’il y a de mieux : vous pourrez arracher les feuilles pour les classer dans vos dossiers
- un ordinateur et un logiciel de traitement de texte. Pensez aussi à faire plusieurs sauvegardes de votre tapuscrit : disque dur interne et clé USB a minima
Pour illustrer votre livre, vous aurez peut-être besoin d’un scanner pour numériser des photos ou tout autre document. Une bonne connexion à Internet peut aussi s’avérer utile pour accéder à des bases données comme Généanet ou les sites des archives départementales. D’autres sites en ligne peuvent aussi être nécessaires au moment de la correction, comme Crisco pour les synonymes.
Faire remonter les souvenirs
Les souvenirs peuvent être les vôtres mais aussi ceux de vos proches. À l’instar de Georges Perrec, vous pouvez vous confronter à votre mémoire avec ce petit exercice.
Pendant 20 minutes, commencez toutes vos phrases par « Je me souviens ». Elles ne doivent faire que quelques lignes. Chacune d’entre elles doit évoquer un souvenir en lien avec l’un de vos parents.
Vous pouvez aussi choisir des photos anciennes. Où se passe la scène ? Qui sont les personnes présentes ? Comment sont-elles vêtues ? Quelle est leur attitude ? Vous pouvez tout simplement noter dans votre carnet tout ce qui vous vient. Vous ferez le tri plus tard…
Pour écrire l’histoire de votre famille, interrogez aussi vos proches. Écoutez leur récit. Enregistrez votre voix (et gardez les audios : ce sont des précieux souvenirs quand les personnes ne sont plus là !). Cependant… Petit point de vigilance : ne les prenez pas par surprise. Expliquez votre projet de biographie familiale et de vos objectifs. Chacun·e sera plus à même de partager avec vous ses souvenirs, de ressortir les vieux albums photos, de vous montrer les vieux articles de presse… Pour favoriser la confidence, je vous conseille les rendez-vous individuels. Préparez en amont une trame de questions pour obtenir les informations recherchées. Vous pourrez aussi demander des précisions sur un évènement relaté par une autre personne. Ces entretiens seront l’occasion de croiser les informations !
Préparer le plan de votre biographie familiale
Une fois la collecte d’informations finies, il est temps de passer à l’étape suivante : écrire l’histoire de votre famille ! Cependant, en amont, il faut cadrer votre récit pour ne pas partir dans toutes les directions. Bref, c’est le moment de faire un plan (oui, comme à l’école, pour les dissertations !). Plusieurs possibilités pour écrire l’histoire de votre famille s’offrent à vous :
- Le plan chronologique qui est clairement le plus évident : on suit l’évolution de votre famille de la génération la plus ancienne jusqu’à nos jours
- Le parcours familial à travers les évènements qui ont marqué la famille : changements familiaux (divorce, maladie, abandon…), géographiques (région, pays…), économique (métier, revers de fortune, création d’entreprise…)
- Les périodes historiques (première Guerre mondiale, seconde Guerre mondiale, Guerre d’Algérie…)
- Les branches patronymiques avec une synthèse de vos connaissances sur chaque branche et quelques personnes marquantes sur lesquelles vous avez des informations
- Le plan thématique : patronymes, métiers, maison familiale, vie quotidienne, passion…
Rien ne vous empêche de mixer les plans. Les grandes lignes de vos plans peuvent émerger au cours de la phase de recherche. Dans tous les cas, accordez-vous un temps de réflexion après la conception du plan : cela vous permettra de voir s’il tient la route ou s’il y a quelque chose de bancal. En le relisant, demandez-vous si une personne qui ne connait pas votre famille comprendrait son histoire. Dans tous les cas, pour valider votre plan, conservez à l’esprit l’objectif de votre projet de biographie familiale.
Bravo ! Vous avez déterminé les grandes lignes de votre livre. Maintenant, notez les points qui seront abordés dans chaque partie. Peut-être, durant le processus d’écriture, l’ordre sera un peu modifié mais il constitue une trame pour faciliter votre travail et pour vous assurer que vous n’oubliez rien. Ah ? Vous êtes allergique au plan. Pas de problème : il n’y a que des solutions. Laissez-vous porter par votre plume. Une fois votre texte achevé, réorganisez le récit pour que cela soit agréable à lire.
Écrire l’histoire de votre famille (ENFIN !)
Eh oui, jusqu’à présent, vous n’aviez pas encore commencé à écrire l’histoire de votre famille. Vous êtes prêt·e ? C’est parti… La rédaction du récit familial se fait en 2 temps.
Le premier jet
Lors de la rédaction du premier jet, vous écrivez sans vous soucier de la forme tout en ayant à portée de main votre plan. Petite confession d’autrice : on ne peut pas travailler le fond et la forme simultanément. Restez concentré·e sur votre propos. Si une information manque, notez-la dans votre carnet. Vous ferez la recherche plus tard. Mon conseil ? Ne pas interrompre votre plume tant que vous avez des choses à écrire. Fixez-vous aussi un nombre de mots quotidien à écrire. Certains jours, vous aurez plus d’aisance. D’autres jours seront plus difficiles. C’est normal. Si vous êtes bloqué·e sur un épisode, passez au suivant. Vous y reviendrez plus tard. Perséverez. Je vous promets que vous aurez de belles surprises !
L’angoisse de la page blanche persiste ? Voici quelques astuces pour lever les blocages :
- Repensez à vos motivations et à l’échéance que vous vous êtes fixé·e
- Lisez des textes qui sont éloignés de votre sujet
- Relisez votre documentation et vos notes pour trouver une information qui vous donne envie d’écrire
- Pratiquez une activité physique ou manuelle pour mettre de la distance avec votre projet
- Cherchez le meilleur moment pour écrire : peut-être que ce créneau d’écriture ne convient pas à votre rythme
- Participez à des ateliers d’écriture pour libérer votre plume
Le second jet
C’est maintenant que vous allez retravailler la forme. À ce stade, vous avez une vue d’ensemble de votre récit familial et vous pouvez donc :
- Valider ou revoir la structure : déplacer des passages, fusionner des chapitres…
- Élaguer : l’abondance de détails ou de digressions peut ennuyer votre lectorat
- Étoffer : certains passages méritent parfois d’être développés pour les rendre plus vivants ou plus compréhensibles
- Fluidifier le texte pour créer des ponts entre les chapitres
- Traquer les jugements de valeur ou moraux, si vous exprimez votre opinion
- Faire une relecture globale (orthographe, syntaxe, conjugaison, tics d’écriture, répétitions…)
Et, surtout, entre le premier jet et le second, faites une pause. Mettez votre texte de côté. Oubliez-le pour le retrouver avec un œil neuf. Vous pouvez aussi confier la relecture à un·e professionnel·le de la relecture qui pourra déceler les coquilles glissées dans votre texte.
C’est aussi le moment d’habiller votre texte :
- Prologue : présentation du livre, idées principales, raisons de vos recherches, façons dont vous les avez menées
- Épilogue : résumé de l’histoire de votre famille avec les principaux éléments à retenir et perspectives
- Titres : si des idées vous viennent durant la rédaction, notez-les. Leur objectif est simple : donner envie de lire votre récit familial. Plusieurs niveaux de titres sont à prendre en compte :
- Le titre général
- Les titres des chapitres
- Dédicace : elle n’est pas obligatoire. Elle est au début du livre
- Remerciements : pensez à n’oublier personne. Ils peuvent être au début ou à la fin du livre
- Sommaire : il donne un aperçu de la structure du récit
- Glossaire : il est indispensable si vous utilisez des mots peu connus dans votre texte
- Annexes : elles regroupent des documents inutiles dans le texte principal (arbre généalogique, photos, lettres, recettes de cuisine…)
- Bibliographie : votre lectorat peut avoir envie d’en savoir plus. Indiquez les ouvrages que vous avez consultés durant vos recherches
- Pages vierges : j’en laisse plusieurs à la fin des biographies que j’écris. Les lecteurs et lectrices pourrant y prendre des notes… Qui sait, elles seront peut-être les prémices de la suite de votre récit familial
Voilà vous avez fini d’écrire l’histoire de votre famille. Il ne vous reste plus qu’à l’imprimer. Vous pouvez soit confier votre manuscrit à une imprimerie de votre ville, soit l’imprimer en ligne. CoolLibri offre un service facile à prendre en main, en particulier pour la création de la couverture.
Écrire l’histoire de sa famille est un beau projet. Au fil des mois, vous en saurez plus sur la vie quotidienne de vos ancêtres et sur vos origines. Peut-être cela vous aidera à mieux comprendre certaines choses qui font la singularité de votre famille. Écrivain-biographe, je connais ce plaisir si particulier qu’est celui de regarder les vieilles photos, d’écouter les paroles de nos anciens, de déchiffrer une lettre… Je sais surtout que vous prendrez plaisir à mettre en mots l’histoire de votre famille. Et, si la tâche vous paraît trop grande, je peux vous accompagner pour donner vie à votre projet.

